Gobao X1 et X1P : le moteur chinois qui veut déjà détrôner Avinox !!!

On pensait que la course aux watts allait se calmer un peu. On se trompait !

À peine quelques heures après que DJI a dévoilé son concept Avinox MG1 à l’Eurobike 2026, un nom encore inconnu de la plupart des vététistes européens a fait irruption sur le devant de la scène : Gobao

Et le fabricant chinois n’est pas venu les mains vides.

Ses deux nouveaux blocs, les X1 et X1P, suppriment le dérailleur, logent la transmission à l’intérieur du moteur et affichent des chiffres qui rivalisent directement avec ce qui se fait de plus puissant aujourd’hui.

Alors, simple coup de communication d’un constructeur asiatique qui veut se faire un nom, ou véritable rupture technologique dans le monde du vélo à assistance électrique ?

Le Docteur Ebike a creusé la question, et il y a de quoi se poser quelques bonnes questions avant de s’emballer.

2 moteurs Gobao X1 et Gobao X1P

C’est qui, Gobao, au juste ? Encore un motoriste ?

Si le nom de cette marque de motorisations chinoises ne vous dit rien, c’est normal ! Pourtant, Gobao n’est pas un nouveau venu sorti de nulle part. L’entreprise a été fondée en 2002 à Shenzhen, et ça fait donc plus de vingt ans qu’elle développe des moteurs, des systèmes de contrôle et des solutions de propulsion électrique. En coulisses, la marque fournit déjà certaines motorisations à Aventon et à Hepha, deux fabricants qu’on commence à voir circuler en Europe.

Avant les X1 et X1P, Gobao avait déjà sorti des moteurs centraux plus classiques, les P100 et P100 Pro, capables de monter jusqu’à 120 Nm en mode boost. Une première offensive, plutôt discrète, mais qui visait déjà frontalement Bosch et Shimano sur leur terrain. Autrement dit, l’arrivée fracassante à l’Eurobike 2026 n’est pas un hasard. C’est l’aboutissement d’années de travail dans l’ombre.

Le principe du système X : tout dans un seul bloc

Voilà où ça devient intéressant. Le pari de Gobao, c’est l’intégration totale du moteur et de la boite de transmission.

Plus de dérailleur, plus de cassette, plus de chaîne fragile qui pendouille à l’arrière prête à se faire arracher au premier passage de rocher. À la place, le moteur et la transmission cohabitent dans un seul carter fermé, et c’est une courroie Gates qui entraîne la roue arrière.

Mais le plus malin, c’est la transmission elle-même. Gobao utilise une variation continue électronique, ce qu’on appelle une eCVT. Concrètement, il n’y a pas un nombre fixe de vitesses, mais une infinité de rapports qui s’enchaînent sans à-coups.

Comment ça marche ? Le bloc renferme deux moteurs électriques : le premier fournit l’assistance principale au pédalage, le second ajuste en continu le rapport de transmission. Vous choisissez votre cadence préférée, et le système se débrouille pour la maintenir, que vous soyez sur le plat ou dans une rampe à 20 %.

L’idée n’est pas neuve en soi : Pinion a ouvert la voie avec son MGU, Owuru et Avinox travaillent sur la même philosophie. Mais Gobao pousse le curseur de l’automatisation un cran plus loin.

moteur gobao x1
moteur gobao x1p

X1 et X1P : que valent les chiffres ?

Parlons performances, parce que c’est là que Gobao frappe fort. Le X1 développe jusqu’à 1 200 W et 120 Nm de couple. Son grand frère, le X1P, grimpe à 1 500 W et 150 Nm. Pour situer, ce sont exactement les valeurs en pic annoncées par le DJI Avinox M2S, aujourd’hui une des références du segment sportif.

Et pour ceux qui se souviennent que Bosch, Shimano ou Brose ont longtemps plafonné autour de 85 à 90 Nm, on mesure le bond accompli. Le Bosch Performance Line CX, pilier du VTT électrique pendant des années, tourne autour de 85 Nm. On parle ici de presque le double de couple.

Attention quand même à un détail important : comme l’Avinox, ces chiffres sont des pics. Les moteurs Gobao restent homologués à 250 W de puissance nominale, le plafond légal d’un vélo à assistance électrique en Europe. Ne vous laissez donc pas hypnotiser uniquement par le chiffre du couple.

La vraie différence entre le Gobao X1 et le Goba X1P se joue aussi sur la plage de développements : 400 % pour le X1, jusqu’à 500 % pour le X1P, avec une version qui pourrait atteindre 600 %.

Côté poids, le bloc affiche 3,85 kg. Ça paraît lourd face aux 2,6 kg d’un Avinox seul. Sauf qu’il faut comparer ce qui est comparable : le Gobao intègre la transmission complète. Une fois qu’on ajoute cassette et dérailleur à un Avinox, l’écart se réduit nettement, et le bloc chinois reste même plus léger qu’un Pinion MGU.

chiffres moteur vélo électrique gobao X1

La recharge de batterie éclair, l’argument choc !!??

Si je devais retenir un seul chiffre de cette présentation, ce serait celui-là. Gobao annonce une recharge à 80 % en 24 minutes pour sa batterie de 500 Wh, 28 minutes pour la 750 Wh et 32 minutes pour la 900 Wh, à condition d’utiliser le chargeur haute puissance.

Vous voulez un point de comparaison qui parle ? Une batterie Bosch de capacité équivalente réclame entre 2 h 30 et 3 h pour atteindre le même niveau. L’Avinox de 800 Wh, déjà rapide pour le marché, tourne autour de 1 h 45 à 2 h 20. On change carrément de catégorie. On se rapproche de la logique d’une voiture électrique : une pause déjeuner suffit à repartir avec une batterie quasi pleine.

Mon conseil ici : ne sous-estimez pas ce critère. On a tous tendance à comparer les moteurs sur le couple et la puissance, parce que c’est sexy. Mais sur le terrain, ce qui change vraiment une journée de ride, c’est de pouvoir enchaîner les sorties sans attendre des heures. Si ces chiffres se confirment, c’est peut-être là que Gobao fait la vraie différence.

Et ça roule comment ? L’assistance électrique est-elle vraiment puissante ?

Les premiers journalistes à avoir essayé le X1P sur le salon de Francfort en sont ressortis plutôt bluffés. Ce qui revient le plus, c’est l’immédiateté de la délivrance de puissance : même à basse cadence, le couple est là, et le vélo accélère franchement jusqu’à la coupure des 25 km/h, tout en restant contrôlable.

L’autre bonne surprise, c’est le silence. Beaucoup de systèmes à boîte de vitesses se font entendre sous charge, parfois jusqu’à l’agacement. Le moteur pédalier Gobao, lui, reste discret. Il faut grimper au-delà de 100 tours par minute pour percevoir un léger sifflement électrique. Et puisqu’on parle d’entretien, la courroie Gates est annoncée pour durer environ trois fois plus longtemps qu’une chaîne classique, avec un fonctionnement quasi sans maintenance. De quoi séduire ceux qui en ont assez de nettoyer et regraisser après chaque sortie boueuse.

 Faut-il déjà craquer pour ce moteur électrique chinois ? Pas si vite.

Voilà le moment où je vais vous freiner un peu, parce que c’est mon rôle. Sur le papier, c’est séduisant. Mais il y a deux ou trois réalités à ne pas oublier.

D’abord, Gobao n’a, pour l’instant, ni vélo ni partenaire à présenter avec ces moteurs de vélos à assistance électrique. C’est une plateforme impressionnante, mais qui n’équipe encore aucun modèle de série. La production série n’est annoncée que pour début 2027. On parle donc d’un produit qu’on ne pourra pas acheter avant un bon moment.

Ensuite, et c’est crucial, tout reste à prouver dans la durée. La gestion thermique, la fiabilité sur des milliers de kilomètres, la finesse du logiciel, l’efficacité énergétique réelle : ce sont ces points-là qui séparent une belle idée d’un bon produit. Une eCVT, par nature, peut souffrir de pertes de rendement, et le comportement à l’usure d’un système aussi complexe ne se juge pas sur un tour de salon.

Mon conseil de bon sens : si vous changez de VTTAE dans les mois qui viennent, ne reportez pas votre achat en attendant Gobao. Vous risqueriez d’attendre longtemps, et de miser sur un système non éprouvé. En revanche, gardez l’œil ouvert. Si vous êtes du genre à garder vos vélos plusieurs années, ça vaut la peine de suivre comment ça évolue.

Que dit le marché du vélo électrique aujourd’hui ?

Au fond, le plus intéressant n’est peut-être pas Gobao lui-même, mais ce que son arrivée révèle. Avinox, Owuru côté Decathlon, et maintenant Gobao : trois acteurs qui poussent tous vers l’intégration totale du moteur et de la transmission. La tendance se confirme. Le schéma classique moteur central plus cassette plus dérailleur a peut-être commencé à montrer ses limites !

Et il y a un autre point qui mérite réflexion. Pendant qu’on parle de sobriété et de mobilité douce, l’industrie nous sort des moteurs de 150 Nm et 1 500 W qui rapprochent nos VTT de petits scooters. Est-ce vraiment ce dont on a besoin sur les sentiers ? La question est légitime, et chacun y répondra à sa manière. Pour ma part, je trouve fascinant de voir l’innovation s’accélérer à ce point, tout en gardant un œil critique sur la direction prise.

Une chose est sûre : Gobao s’invite sans complexe à la table des grands. Reste à voir si les promesses tiendront sur le terrain, là où se jouent les vraies parties. On sera là pour le vérifier et vous tenir au courant.